Instants basiques

Poème publié(e) par kiproko
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15 Oct 2008 à 21:16 Instants basiques

kiproko

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Mon ciel en parapluie de pluie
Sur mes entrechats de gouttière,
Messagère entre deux rives,
J'attends la pluie printanière
Ondée salvatrice, prometteuse
Qui viendra me laver dans ses filets bleus.

Errante au regard myope
Dans mes impasses lugubres,
Jeu funambule sur ma corde raide,
Quand la spirale du vide m'engloutit,
Je laisse éclater mes angoisses,
En frôlant sans heurts le panégyrique.

Je suis la vivacité d'un trait,
Enlacée à la plume de lavis grisé,
J'emprunte la traversée des grands voyageurs,
Sans barreur, seule et libre panseuse,
Un passage obligé pour mordre mes maux
En chantant à tue-tête sous mon ciel d'hiver.

Exclue du paradis de l'âge tendre,
Je m'interdis la table des grands,
Les pieds à peine posés sur la terre,
La tête dans les étoiles,
Je marche sur les chemins du monde
Avec l'enthousiasme naïf d'un enfant.

Dans ma mélancolie des illusions perdues,
Je mêle brutalité et compassion,
Ma fièvre adolescente nourrie d'espérance,
Mes rêves d'absolu et d'osmose,
J'attends l'improbable lever d'un jour blafard
Comme un songe rédempteur.

Mes drapés cachent mes éclats de verre,
Je mue, remue mes envies d'envol,
Mes peurs viscérales, mes tourments de tripes,
J'attends surgir de nulle part
Un frémissement majestueux,
Entre corne de brume et train bringuebalant.

La vie est un serpent, l'amour son venin,
Je découvre la vie et crois pouvoir la réinventer
À me brûler les ailes dans la cité des rêves
Mais, il me suffit pour briser l'anathème perfide
D'un souffle de vie divin m'emportant dans son élan
Pour ne pas renoncer à vivre avec élégance.

Kiproko
Poeme publié 15 Oct 2008 à 21:16
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15 Oct 2008 à 21:26 Re: Instants basiques

raoul-des-bois

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Kiproko au questionnement élégant "Entre corne de brume et train bringuebalant"
Et puis alors, tes deux vers d'attaque sont particulièrement à tomber par terre!!!!
Amitiés
®Db
Poeme publié 15 Oct 2008 à 21:26
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15 Oct 2008 à 21:31 Re: Instants basiques

lucc3011

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je l'ai mis dans mes favoris pour le relire plus tard
amitiés
Luc
Poeme publié 15 Oct 2008 à 21:31
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15 Oct 2008 à 21:45 Re: Instants basiques

corsaire

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J'aime particulièrement les premières et dernières strophes. Il y a là toute une ligne de vie avec ses hauts, ses bas, ses illusions, ses rêves d'enfants et ses désillusions aussi. C'est dit avec beaucoup d'élégance et de poésie. Si les instants sont basiques, leur récit est superbe !
Poeme publié 15 Oct 2008 à 21:45
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15 Oct 2008 à 21:48 Re: Instants basiques

Echanson

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Citation du message publié par kiproko


Mon ciel en parapluie de pluie
Sur mes entrechats de gouttière,
Messagère entre deux rives,
J'attends la pluie printanière
Ondée salvatrice, prometteuse
Qui viendra me laver dans ses filets bleus.

Errante au regard myope
Dans mes impasses lugubres,
Jeu funambule sur ma corde raide,
Quand la spirale du vide m'engloutit,
Je laisse éclater mes angoisses,
En frôlant sans heurts le panégyrique.

Je suis la vivacité d'un trait,
Enlacée à la plume de lavis grisé,
J'emprunte la traversée des grands voyageurs,
Sans barreur, seule et libre panseuse,
Un passage obligé pour mordre mes maux
En chantant à tue-tête sous mon ciel d'hiver.

Exclue du paradis de l'âge tendre,
Je m'interdis la table des grands,
Les pieds à peine posés sur la terre,
La tête dans les étoiles,
Je marche sur les chemins du monde
Avec l'enthousiasme naïf d'un enfant.

Dans ma mélancolie des illusions perdues,
Je mêle brutalité et compassion,
Ma fièvre adolescente nourrie d'espérance,
Mes rêves d'absolu et d'osmose,
J'attends l'improbable lever d'un jour blafard
Comme un songe rédempteur.

Mes drapés cachent mes éclats de verre,
Je mue, remue mes envies d'envol,
Mes peurs viscérales, mes tourments de tripes,
J'attends surgir de nulle part
Un frémissement majestueux,
Entre corne de brume et train bringuebalant.

La vie est un serpent, l'amour son venin,
Je découvre la vie et crois pouvoir la réinventer
À me brûler les ailes dans la cité des rêves
Mais, il me suffit pour briser l'anathème perfide
D'un souffle de vie divin m'emportant dans son élan
Pour ne pas renoncer à vivre avec élégance.

Kiproko

... Car cela seul serait mortel : "renoncer à vivre avec élégance"

Une cantate en Fa mineur dans les méandres de l'entre deux rives méditatives...

Bien amicalement à vous, Amie Kiproko,
Echanson
Poeme publié 15 Oct 2008 à 21:48
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15 Oct 2008 à 21:50 Re: Instants basiques

lucc3011

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c'est un superbe texte bien écrit j'ai pris le temps de le lire merci
Amitiés
luc
Poeme publié 15 Oct 2008 à 21:50
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15 Oct 2008 à 22:09 Re: Instants basiques

Scamandre

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Madame Kiproko, l'élégance de votre âme n'a d'égal que vos mots:

"La vie est un serpent, l'amour son venin,
Je découvre la vie et crois pouvoir la réinventer
À me brûler les ailes dans la cité des rêves
Mais, il me suffit pour briser l'anathème perfide
D'un souffle de vie divin m'emportant dans son élan
Pour ne pas renoncer à vivre avec élégance."
...........................

Mais ne renoncez pas à vivre le sel de la vie.
Poeme publié 15 Oct 2008 à 22:09
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15 Oct 2008 à 22:18 Re: Instants basiques

mesange17

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Te lire revient à écouter le son charmeur de ta voix poétique unique...

Merci amie kiproko pour ce très beau moment en ta compagnie

bisou
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Poeme publié 15 Oct 2008 à 22:18
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15 Oct 2008 à 22:21 Re: Instants basiques

Timoline

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Pour ce texte qui chante la liberté jusqu'à la perte d'équilibre, et singulièrement pour les deux dernières strophes...

Merci

T.
Poeme publié 15 Oct 2008 à 22:21
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15 Oct 2008 à 23:10 Re: Instants basiques

HENRIPIERRE

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Quelle superbe force anime ce poème ! Amicales salutations.
Poeme publié 15 Oct 2008 à 23:10
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16 Oct 2008 à 04:16 Re: Instants basiques

eclaircie

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Citation du message publié par kiproko


Mon ciel en parapluie de pluie
Sur mes entrechats de gouttière,
Messagère entre deux rives,
J'attends la pluie printanière
Ondée salvatrice, prometteuse
Qui viendra me laver dans ses filets bleus.

Errante au regard myope
Dans mes impasses lugubres,
Jeu funambule sur ma corde raide,
Quand la spirale du vide m'engloutit,
Je laisse éclater mes angoisses,
En frôlant sans heurts le panégyrique.

Je suis la vivacité d'un trait,
Enlacée à la plume de lavis grisé,
J'emprunte la traversée des grands voyageurs,
Sans barreur, seule et libre panseuse,
Un passage obligé pour mordre mes maux
En chantant à tue-tête sous mon ciel d'hiver.

Exclue du paradis de l'âge tendre,
Je m'interdis la table des grands,
Les pieds à peine posés sur la terre,
La tête dans les étoiles,
Je marche sur les chemins du monde
Avec l'enthousiasme naïf d'un enfant.

Dans ma mélancolie des illusions perdues,
Je mêle brutalité et compassion,
Ma fièvre adolescente nourrie d'espérance,
Mes rêves d'absolu et d'osmose,
J'attends l'improbable lever d'un jour blafard
Comme un songe rédempteur.

Mes drapés cachent mes éclats de verre,
Je mue, remue mes envies d'envol,
Mes peurs viscérales, mes tourments de tripes,
J'attends surgir de nulle part
Un frémissement majestueux,
Entre corne de brume et train bringuebalant.

La vie est un serpent, l'amour son venin,
Je découvre la vie et crois pouvoir la réinventer
À me brûler les ailes dans la cité des rêves
Mais, il me suffit pour briser l'anathème perfide
D'un souffle de vie divin m'emportant dans son élan
Pour ne pas renoncer à vivre avec élégance.

Kiproko


je n'ai pas d'autres mots,
éclaircie
Poeme publié 16 Oct 2008 à 04:16
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16 Oct 2008 à 15:34 Re: Instants basiques

yann8478

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Très beau poème bien conçu, millimétré. Un tour de monde consciencieux, "un instant basique" plutôt crucial. C'est beau.
D'abord un ciel pleureur, un cran plus bas, "des entrechats de gouttière" sur "une corde de funambule", on n'a pas encore touché terre. Mais la spirale du vide engloutit, et c'est "la traversée des grands voyageurs". Enfin un pied sur terre ("Les pieds à peine posés sur la terre" ,alors que la tête conserve intact le rêve ("La tête dans les étoiles" , mais la réalité est là, et il faut l'affronter... "Dans ma mélancolie des illusions perdues","Mes peurs viscérales, mes tourments de tripes",puis le terrible constat, "La vie est un serpent, l'amour son venin", et le refus du renoncement "Mais, il me suffit pour briser l'anathème perfide
D'un souffle de vie divin m'emportant dans son élan
Pour ne pas renoncer à vivre avec élégance".
J'ai fait mon analyse, elle vaut ce qu'elle vaut. Peut être ne l'as tu pas fait expèrs, mais c'est un décryptage qui ce tient.
amitié
Yann
Poeme publié 16 Oct 2008 à 15:34
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16 Oct 2008 à 18:24 Re: Instants basiques

kiproko

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Citation du message publié par raoul-des-bois

Kiproko au questionnement élégant "Entre corne de brume et train bringuebalant"
Et puis alors, tes deux vers d'attaque sont particulièrement à tomber par terre!!!!
Amitiés
®Db

Merci Raoul d'émois de ta présence dans mon petit univers !
Quelques hésitations pourtant quant à ce ciel en parapluie de pluie......me voilà donc rassurée et tes encouragements vont peut-être m'inciter à davantage d'audace dans les mots......je suis une fille réservée même si je n'en ai pas toujours l'air.....
Pour toi, ce texte de Georges Perec, j'espère que tu l'accueilleras bien........

« Ce qui nous parle, me semble-t-il, c’est toujours l’événement, l’insolite, l’extra-ordinaire (…). Il faut qu’il y ait derrière l’événement un scandale, une fissure, un danger, comme si la vie ne devait se révéler qu’à travers le spectaculaire, comme si le parlant, le significatif était toujours anormal : cataclysmes naturels ou bouleversements historiques, conflits sociaux, scandales politiques...
Dans notre précipitation à mesurer l’historique, le significatif, le révélateur, ne laissons pas de côté l’essentiel : le véritablement intolérable, le vraiment inadmissible : le scandale, ce n’est pas le grisou, c’est le travail dans les mines. Les « malaises sociaux » ne sont pas « préoccupants » en période de grève, ils sont intolérables vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an.
Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ?
Comment parler de ces « choses communes », comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.
Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique. »

Kiproko sous son ciel en parapluie de pluie
Poeme publié 16 Oct 2008 à 18:24
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16 Oct 2008 à 18:30 Re: Instants basiques

kiproko

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Citation du message publié par lucc3011

je l'ai mis dans mes favoris pour le relire plus tard
amitiés
Luc

Dans les favoris ? c'est touffu alors !!!!
Merci Luc pour cette attention ! et un petit chat qui passe par là, c'est tout chabada......
J'espère que tu aimeras ce poème d'Alphonse de Lamartine....

L'isolement

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.

Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire;
Je ne demande rien à l'immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puîs-je, porté sur le char de l'Aurore,
Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi !
Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Quand là feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

Joyeux ronronnement de Kiproko !
Poeme publié 16 Oct 2008 à 18:30
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16 Oct 2008 à 18:38 Re: Instants basiques

kiproko

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Citation du message publié par Scamandre

Madame Kiproko, l'élégance de votre âme n'a d'égal que vos mots:

"La vie est un serpent, l'amour son venin,
Je découvre la vie et crois pouvoir la réinventer
À me brûler les ailes dans la cité des rêves
Mais, il me suffit pour briser l'anathème perfide
D'un souffle de vie divin m'emportant dans son élan
Pour ne pas renoncer à vivre avec élégance."
...........................

Mais ne renoncez pas à vivre le sel de la vie.

Le sel de la vie, c'est toujours mieux que le vinaigre.........le sel conserve !!!!! : et si le sel de la vie pouvait aussi nous préserver des fadeurs dont elle sait aussi nous assaisonner, nous en ferions réserve pour les soirs d'hiver.....
Merci Monsieur Scamandre d'avoir laissé trace de votre passage !
Vous avez bien mérité ces rayons jaunes de Charles Sainte-beuve....

Les rayons jaunes

Les dimanches d'été, le soir, vers les six heures,
Quand le peuple empressé déserte ses demeures
Et va s'ébattre aux champs,
Ma persienne fermée, assis à ma fenêtre,
Je regarde d'en haut passer et disparaître
Joyeux bourgeois, marchands,

Ouvriers en habits de fête, au coeur plein d'aise ;
Un livre est entr'ouvert près de moi, sur ma chaise :
Je lis ou fais semblant ;
Et les jaunes rayons que le couchant ramène,
Plus jaunes ce soir-là que pendant la semaine,
Teignent mon rideau blanc.

J'aime à les voir percer vitres et jalousie ;
Chaque oblique sillon trace à ma fantaisie
Un flot d'atomes d'or ;
Puis, m'arrivant dans l'âme à travers la prunelle,
Ils redorent aussi mille pensers en elle,
Mille atomes encor.

Ce sont des jours confus dont reparaît la trame,
Des souvenirs d'enfance, aussi doux à notre âme
Qu'un rêve d'avenir :
C'était à pareille heure (oh ! je me le rappelle)
Qu'après vêpres, enfants, au choeur de la chapelle,
On nous faisait venir.

La lampe brûlait jaune, et jaune aussi les cierges ;
Et la lueur glissant aux fronts voilés des vierges
Jaunissait leur blancheur ;
Et le prêtre vêtu de son étole blanche
Courbait un front jauni, comme un épi qui penche
Sous la faux du faucheur.

Oh ! qui dans une église à genoux sur la pierre,
N'a bien souvent, le soir, déposé sa prière,
Comme un grain pur de sel ?
Qui n'a du crucifix baisé le jaune ivoire ?
Qui n'a de l'Homme-Dieu lu la sublime histoire
Dans un jaune missel ?

Mais où la retrouver, quand elle s'est perdue,
Cette humble foi du coeur, qu'un ange a suspendue
En palme à nos berceaux ;
Qu'une mère a nourrie en nous d'un zèle immense ;
Dont chaque jour un prêtre arrosait la semence
Aux bords des saints ruisseaux ?

Peut-elle refleurir lorsqu'a soufflé l'orage,
Et qu'en nos coeurs l'orgueil debout, a dans sa rage
Mis le pied sur l'autel ?
On est bien faible alors, quand le malheur arrive
Et la mort... faut-il donc que l'idée en survive
Au voeu d'être immortel !

J'ai vu mourir, hélas ! ma bonne vieille tante,
L'an dernier ; sur son lit, sans voix et haletante,
Elle resta trois jours,
Et trépassa. J'étais près d'elle dans l'alcôve ;
J'étais près d'elle encor, quand sur sa tête chauve
Le linceul fit trois tours.

Le cercueil arriva, qu'on mesura de l'aune ;
J'étais là... puis, autour, des cierges brûlaient jaune,
Des prêtres priaient bas;
Mais en vain je voulais dire l'hymne dernière ;
Mon oeil était sans larme et ma voix sans prière,
Car je ne croyais pas.

Elle m'aimait pourtant... ; et ma mère aussi m'aime,
Et ma mère à son tour mourra ; bientôt moi-même
Dans le jaune linceul
Je l'ensevelirai ; je clouerai sous la lame
Ce corps flétri, mais cher, ce reste de mon âme ;
Alors je serai seul ;

Seul, sans mère, sans soeur, sans frère et sans épouse ;
Car qui voudrait m'aimer, et quelle main jalouse
S'unirait à ma main ?...
Mais déjà le soleil recule devant l'ombre,
Et les rayons qu'il lance à mon rideau plus sombre
S'éteignent en chemin...

Non, jamais à mon nom ma jeune fiancée
Ne rougira d'amour, rêvant dans sa pensée
Au jeune époux absent ;
Jamais deux enfants purs, deux anges de promesse
Ne tiendront suspendu sur moi, durant la messe,
Le poêle jaunissant.

Non, jamais, quand la mort m'étendra sur ma couche,
Mon front ne sentira le baiser d'une bouche,
Ni mon oeil obscurci
N'entreverra l'adieu d'une lèvre mi-close !
Jamais sur mon tombeau ne jaunira la rose,
Ni le jaune souci !

Ainsi va ma pensée, et la nuit est venue ;
Je descends, et bientôt dans la foule inconnue
J'ai noyé mon chagrin :
Plus d'un bras me coudoie ; on entre à la guinguette,
On sort du cabaret ; l'invalide en goguette
Chevrotte un gai refrain.

Ce ne sont que chansons, clameurs, rixes d'ivrogne,
Ou qu'amours en plein air, et baisers sans vergogne,
Et publiques faveurs ;
Je rentre : sur ma route on se presse, on se rue ;
Toute la nuit j'entends se traîner dans ma rue
Et hurler les buveurs.

Kiproko
Poeme publié 16 Oct 2008 à 18:38
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17 Oct 2008 à 16:08 Re: Instants basiques

kiproko

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Citation du message publié par corsaire

J'aime particulièrement les premières et dernières strophes. Il y a là toute une ligne de vie avec ses hauts, ses bas, ses illusions, ses rêves d'enfants et ses désillusions aussi. C'est dit avec beaucoup d'élégance et de poésie. Si les instants sont basiques, leur récit est superbe !

Ravie que mes instants basiques t'aient plu et merci pour tes jolis mots laissés en commentaire ! Ecrire, c'est aussi la nécessité absolue de couvrir les brèches du temps pour renouveller en nous ce qui ne veut pas mourir et ce que ce temps ne doit pas nous voler....l'écriture, c'est aussi simple que cela....
Tout spécialement pour toi, les vers de Léon Valade...parce que tu y verras un petit clin d'oeil, Corsaire !
De plus, n'est-ce pas un hymne à la poésie ?

Madrigal amer

Sur la mer de tes yeux sincères
Qu'abritent les doux cils arqués,
Mes rêves se sont embarqués
Comme d'aventureux corsaires.

Sur l'azur glauque de tes yeux
Où baignent des lueurs d'étoiles,
Mes rêves déployant leurs voiles
Ont cru fendre le bleu des cieux.

Et dans vos prunelles profondes,
Beaux yeux perfides où je lis,
Mes rêves sont ensevelis
Comme le noyé sous les ondes.

Kiproko
Poeme publié 17 Oct 2008 à 16:08
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17 Oct 2008 à 19:44 Re: Instants basiques

Racyne

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Tu nous mets dans le bain dès la première strophe...

Sublime !!


Mes amitiés
Poeme publié 17 Oct 2008 à 19:44
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17 Oct 2008 à 22:53 Re: Instants basiques

Scamandre

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"Oh ! qui dans une église à genoux sur la pierre,
N'a bien souvent, le soir, déposé sa prière,
Comme un grain pur de sel ?"

le sel est là
Poeme publié 17 Oct 2008 à 22:53
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18 Oct 2008 à 02:12 Re: Instants basiques

manumanu

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Citation du message publié par kiproko


Mon ciel en parapluie de pluie
Sur mes entrechats de gouttière,
Messagère entre deux rives,
J'attends la pluie printanière
Ondée salvatrice, prometteuse
Qui viendra me laver dans ses filets bleus.

Errante au regard myope
Dans mes impasses lugubres,
Jeu funambule sur ma corde raide,
Quand la spirale du vide m'engloutit,
Je laisse éclater mes angoisses,
En frôlant sans heurts le panégyrique.

Je suis la vivacité d'un trait,
Enlacée à la plume de lavis grisé,
J'emprunte la traversée des grands voyageurs,
Sans barreur, seule et libre panseuse,
Un passage obligé pour mordre mes maux
En chantant à tue-tête sous mon ciel d'hiver.

Exclue du paradis de l'âge tendre,
Je m'interdis la table des grands,
Les pieds à peine posés sur la terre,
La tête dans les étoiles,
Je marche sur les chemins du monde
Avec l'enthousiasme naïf d'un enfant.

Dans ma mélancolie des illusions perdues,
Je mêle brutalité et compassion,
Ma fièvre adolescente nourrie d'espérance,
Mes rêves d'absolu et d'osmose,
J'attends l'improbable lever d'un jour blafard
Comme un songe rédempteur.

Mes drapés cachent mes éclats de verre,
Je mue, remue mes envies d'envol,
Mes peurs viscérales, mes tourments de tripes,
J'attends surgir de nulle part
Un frémissement majestueux,
Entre corne de brume et train bringuebalant.

La vie est un serpent, l'amour son venin,
Je découvre la vie et crois pouvoir la réinventer
À me brûler les ailes dans la cité des rêves
Mais, il me suffit pour briser l'anathème perfide
D'un souffle de vie divin m'emportant dans son élan
Pour ne pas renoncer à vivre avec élégance.

Kiproko

Poeme publié 18 Oct 2008 à 02:12
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18 Oct 2008 à 02:16 Re: Instants basiques

manumanu

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Ce sera ma dernière visite pour ce soir...et elle est réservée à la dame de Nantes!!

Je pourrai aisément m'endormir après avoir lu un si bel écrit. Je retiendrai:"La vie est un serpent, l'amour son venin". Quelle belle ...orchestration!

Et oui, M est revenu depuis quelques jours...après avoir été viré! Où il a sévi durant un an sur le site!

Amitiés...bretonnes


M
Poeme publié 18 Oct 2008 à 02:16
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18 Oct 2008 à 02:25 Re: Instants basiques

galaxie

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Profond, très profond, tellement profond qu'une seule lecture ne suffit pas. C'est magnifiquement bien dit ces "instants basiques" qu'ils prètent à ce qu'on les vive le temps d'une lecture pour mieux les savourer


Je découvre la vie et crois pouvoir la réinventer
À me brûler les ailes dans la cité des rêves
Mais, il me suffit pour briser l'anathème perfide
D'un souffle de vie divin m'emportant dans son élan
Pour ne pas renoncer à vivre avec élégance.

Merci madame K pour ce très riche moment de lecture
+vote et je le mets dans mes favoris

Amitié de galaxie


Poeme publié 18 Oct 2008 à 02:25
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18 Oct 2008 à 16:54 Re: Instants basiques

jazzman

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Un saxo se lamente dans la nuit en solo... poétiquement !
Jazz
Poeme publié 18 Oct 2008 à 16:54
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18 Oct 2008 à 23:06 Re: Instants basiques

kiproko

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Citation du message publié par Echanson


... Car cela seul serait mortel : "renoncer à vivre avec élégance"

Une cantate en Fa mineur dans les méandres de l'entre deux rives méditatives...

Bien amicalement à vous, Amie Kiproko,
Echanson

Merci Echanson, vos passages sont toujours un vrai plaisir !
Pour tout commentaire, voilà un peu d'élégance et de joie dans les vers de Jacques Prévert......ils vous plairont !

Dimanche

Entre les rangées d’arbres de l’avenue des Gobelins

Une statue de marbre me conduit par la main

Aujourd’hui c’est dimanche les cinémas sont pleins

Les oiseaux dans les branches regardent les humains

Et la statue m’embrasse mais personne ne nous voit

Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt.

N'est-ce pas que c'est joli ?

Amitiés sincères de Kiproko
Poeme publié 18 Oct 2008 à 23:06
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18 Oct 2008 à 23:14 Re: Instants basiques

kiproko

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Citation du message publié par mesange17

Te lire revient à écouter le son charmeur de ta voix poétique unique...

Merci amie kiproko pour ce très beau moment en ta compagnie

bisou
+V

J'écoute le chant plein de charme de la petite mésange qui me fait chaud au coeur....
Merci pour tes mots douce Mésange !
Je t'offre les mots de Guy Goffette....

"Dire que nous avons cru au bonheur
comme les gosses battant pavillon
sur un peu d’eau croupie dans l’arrière-cour-
ils savent qu’un rien suffirait
à renverser la mer sur sa quille,
mais font comme si en attendant
qu’une vague plus haute et qui blesse
leur enlève le goûtde tutoyer l’éternité. Nous aussi
nous avons cru que la terre tournait
entre nos bras, et tournerait toujours
comme le soleil autour du pommier
-ô paisible torpeur, quand déjà
le ver était sous l’écorce,
affûtés les outils dans la remise ardente
et le sang bouillonnant dans les muscles
des équarisseurs de rêves “

Kiproko
Poeme publié 18 Oct 2008 à 23:14
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18 Oct 2008 à 23:56 Re: Instants basiques

continent-noir

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Poème trop profond de messages pour que je puisse oser tenter un commentaire rapide. Je dois relire avec attention. Une mélancolie certaine devant la fragilité de la vie que l'on traverse en solitaire ...et que tu fais avec beaucoup d'élégance: une valeur noble.
Je reviendrai.
Poeme publié 18 Oct 2008 à 23:56
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